Abstract
Le roman d'O. Stapledon "Star Maker" (1937) est sans doute une oeuvre de SF inhabituelle, mais elle suit cependant le patron d'autres voyages extraordinaires, tant celui de la Divine comédie que celui des Voyages de Gulliver: le voyage cosmique du narrateur anonyme y est la métaphore du voyage intérieur de découverte spirituelle. Le narrateur traverse le temps et l'espace en quête d'une réponse aux problèmes fondamentaux de l'existence, à savoir si l'existence de l'homme a une signification face à l'immense indifférence du cosmos. Dans la mesure où Stapledon était convaincu que notre vie spirituelle est inséparable de notre milieu social et politique, la quête métaphysique du Faiseur d'Etoiles implique l'explorateur dans l'étude d'autres mondes où la grande tâche de l'"Éveil" est selon les cas favorisés ou retardés par les institutions sociopolitiques. L'élément satirique du livre offre une transposition cosmique à l'examen de différents aspects de la situation mondiale en 1937 et suggère que le fascisme, la société de classes et l'"esprit de troupeau" sont les symptômes d'une volonté obscurantiste qui, à travers le monde de son temps, s'affronte à la volonté de lumières. À la différence de Dante, Stapledon évite la simple alternative du Bien et du Mal et la force créatrice derrière l'univers, le "Star Maker", n'est pas censée aimer sa création, mais la contemple avec le regard objectif de l'artiste devant son oeuvre. Stapledon conclut que cette attitude critique et ataraxique face à la création ne veut pas dire que la vie humaine est dépourvue de signification, mais que la responsabilité de faire progresser la vie spirituelle appartient à la seule humanité. A cet égard, les conclusions de Stapledon ressemblent à celles de Meursault dans L'Étranger, pour qui "l'indifférence de l'univers" est condition de sa liberté.